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📱 SMARTPHONES : L’ARME PRÉCIEUSE DE LA POLICE

août 10, 2021

«La police n’a qu’a brancher le téléphone et toutes les données sont extraites pendant la garde à vue»



Aujourd’hui, grâce aux moyens alloués par l’État, la quasi-totalité des enquêtes utilisent les données téléphoniques comme éléments à charge, et les smartphones des citoyen-nes sont désormais minutieusement fouillé et régulièrement confisqués par la police pour être expertisés. «Haurus», policier de la DGSI condamné à 7 ans de prison en juillet dernier pour avoir vendu des informations confidentielles, confie dans un livre comment les forces de l’ordre mettent la priorité sur l’analyse des portables et des communications. La mobilisation en cours n’y échappe pas.


À Paris, lors des récentes manifestations contre le Pass Sanitaire, les personnes interpellées avaient leur portable sur elles et se sont vu systématiquement demander leur code PIN. Quel que soit le délit pour lequel on les suspectait : du simple «groupement en vue de commettre des dégradations» (le délit préféré de la police puisqu’il s’agit d’un délit de suspicion de vouloir commettre un délit!) à la pseudo «violence sur représentant de l’autorité publique» pour une grenade lacrymogène renvoyée aux pieds des CRS, les portables de chaque personne aux mains de la police étaient la priorité. SMS, images téléchargées, derniers sites consultés, fond d’écran… Tout est bon à prendre, tout est passé au crible par les policiers dès qu’ils arrivent à accéder à l’intérieur de votre téléphone.


Et pour vous forcer à donner votre code PIN, il existe un délit prévu par la loi : désormais quasiment toute personne qui refuse de donner son code PIN à la police est poursuivie. Ça a notamment été le cas pour les personnes interpellées à Paris dernièrement, mais cette pratique est désormais de plus en plus répandue. Il suffit de vous suspecter pour «groupement» (suspicion extrêmement simple à fabriquer pour la police), de vous placer en garde à vue et de demander l’accès à votre téléphone. Si vous refusez, vous êtes poursuivi, alors même que l’interpellation de départ n’avait pas lieu d’être.


Les députés ont en effet ressorti depuis quelques temps, une vieille loi de 2001 concernant à la base le cryptage sophistiqué dans les opérations terroristes, pour la détourner et faire en sorte qu’elle concerne désormais le code privé du smartphone de chaque citoyen-ne ! Et la peine prévue est volontairement sévère : trois ans d’emprisonnement et 270 000 euros d’amende…


Ainsi, StreetPress alertait déjà début 2020 sur un logiciel «kiosque» en passe d’être installé dans tous les commissariats de France d’ici trois ans. «Avec ce kiosque, il suffira de brancher le téléphone et toutes les données seront extraites pendant la garde à vue». Des programmes développés par l’entreprise israélienne Cellebrite. Vos informations privées n’ont alors plus aucun secret pour la police.

https://www.streetpress.com/sujet/1579520319-police-gendarmerie-un-logiciel-pour-fouiller-portables


Par ailleurs, lorsque la police décide d’ouvrir une enquête longue ou qu’une instruction judiciaire est ouverte, votre portable peut tout simplement être saisi puis scellé pour être entièrement déchiffré. Inutile de préciser qu’il n’est jamais rendu, si ce n’est à la fin de la procédure des mois ou des années après. Toutes ces données, privées, sont précieusement conservées on-ne-sait où et aussi bien évidemment transmises aux renseignements pour lesquels c’est une véritable mine d’or.


Ainsi, les applications chiffrées comme Telegram et Signal sont des moyens de communication devenus indispensables pour communiquer en toute sécurité sans l’œil des forces de l’ordre sur nos conversations. Encore faut-il correctement les utiliser : ces applications permettent aux messages de ne pas être interceptés mais bien évidemment, si la police met la main sur votre téléphone, il y a des gros risques que les enquêteurs réussissent à rentrer dans les applications et ainsi tout lire. Il faut donc systématiquement activer les messages éphémères (Signal) ou les secret chat (Telegram) et bannir les captures d’écran ! Pour encore plus de sécurité, il est préférable de verrouiller ces applications avec un code.


Enfin, citons l’utilisation par la police des appareils dits «IMSI Catcher», de fausses antennes relais de la taille de votre box, parfaitement transportables, qui forcent les smartphones à proximité à se connecter dessus au lieu de se connecter sur l’antenne relai de l’opérateur. Un véritable intercepteur qui peut capter toutes vos communications, mais surtout vous identifier très facilement à partir de votre numéro de portable alors que vous pensiez être parfaitement anonymisé. Les IMSI Catcher sont donc souvent employés lors des manifestations pour en identifier les participant-es. Vous l’aurez compris : votre smartphone est davantage un outil de contrôle et de surveillance maîtrisé par les autorités qu’un outil vendu pour vous simplifier la vie. Tout portable qui tombe dans les griffes de la police entraîne de gros dégâts dans les dossiers judiciaires, pour vous mais aussi pour les autres : ne négligez pas le nombre d’informations concernant les autres qui sont stockées dans votre téléphone.


Sécuriser son portable, c’est empêcher la police d’avoir accès à vos données. Garder le silence en garde à vue est un droit, encore faut-il que votre téléphone ne parle pas pour vous.

La règle : PAS de portables en manif. 📵


➡ À lire : Le livre d’Haurus à lire ici : https://telegra.ph/INVESTIGATION-ET-TELEPHONIE-MOBILE-08-10

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