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MORTS AUX TRAVAIL : CERTAINES VIES VALENT PLUS QUE D’AUTRES

février 21, 2022

La vie d’un ouvrier moins importante que celle d’un policier


L’affaire avait fait grand bruit à Nantes et au delà. Le 31 décembre 2021 un policier de 39 ans, Wilfried F., décédait à Nantes. La veille, le motard à la direction départementale de la sécurité publique de Loire-Atlantique avait fait un malaise cardiaque dans le commissariat central de Waldeck-Rousseau.

Un décès en fonction. Quelques heures plus tard, Darmanin se presse d’annoncer la mort du fonctionnaire de police sur les réseaux sociaux, rendant honneur au motocycliste et à sa fonction.

Plusieurs responsables municipaux emboîtaient le pas du ministre de l’intérieur. La maire socialiste Johanna Rolland tweete immédiatement un message de condoléances à l’égard de la famille et de ses proches ainsi qu’aux collègues du défunt. La préfecture déclare à la presse qu’elle va élever le fonctionnaire «au grade de brigadier-chef de police» et le décorer de «la médaille d’honneur de la police nationale et de la médaille d’acte de courage et dévouement» à titre posthume.

Une effervescence hors du commun.

Une semaine plus tard, c’est carrément la ministre déléguée Marlène Schiappa qui se déplace en grande pompe à Nantes pour rendre hommage au policier. La ministre déléguée à la citoyenneté préside alors une cérémonie organisée en l’honneur du brigadier décédé en service pour un hommage vrombissant rendu par le gouvernement et la clique politicienne locale, à base de grands discours et médailles.

Pourquoi pas. Un décès est toujours dramatique.

Ce qui est plus que curieux, c’est que près de deux personnes meurent tous les jours en France dans le cadre de leur travail. Dans un anonymat absolu et une indifférence totale. Le 17 février, Libération titrait en une : «Accidents du travail, les morts invisibles». En 2019, plus de 700 morts recensées. En 2021, plus de 550 morts dans l’année au travail. Auxquels il faut ajouter beaucoup de décès liés au travail : maladies, suites de blessures, suicides, etc. Parmi ces décès, une grande majorité d’ouvrier-es. Rien que sur les 51 premiers jours de l’année 2022, on déplore déjà 53 morts dans des accidents du travail. Aucun d’entre eux n’a reçu une médaille. Aucun d’entre eux n’a reçu d’hommage de la part d’un élu, d’un ministre, d’un préfet ou d’un patron. Pas de médaille pour cet électricien de 28 ans mort à Saint-Tulle. Pas de médaille non plus pour cet artisan de 45 ans mort à Boulogne-sur-Mer. Pas de médaille toujours pour cet électricien tombé d’une échelle à Luxeuil-les-Bains. Pourquoi ?

A-t-on déjà entendu Elizabeth Borne s’émouvoir du sort de ces salarié-es précaires qui meurent chaque jour au boulot ? Les autorités s’inquiètent-elles de ces centaines de vies sacrifiées chaque année ? Absolument pas.

Ce que nous dit cette hommage hors-norme, c’est qu’occuper certaines fonctions donne une plus grande valeur à la vie que d’autres dans nos sociétés bourgeoises. Être policier en fait évidemment partie. Une institution qui protègent les intérêts des dominants a le droit à ce qu’on lui témoigne du respect. D’autant plus dans un régime qui ne tient plus que par sa police. Pendant ce temps les classes populaires peuvent, elles, toujours crever, mais en silence. Il faut aussi faire oublier que, selon les chiffres officiels, le métier de force de l’ordre est bien moins dangereux que celui d’éboueur, de maçon ou d’ouvrier à la chaîne. Contrairement à ce que la propagande médiatique insinue en permanence, il n’y a pas de surmortalité significative, à l’inverse de nombreux métiers manuels, physiques ou exposés.


👉 Un compte Twitter recense les morts au travail : «Accident du travail : silence des ouvriers meurent» –> https://twitter.com/DuAccident