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⚫ LES ATTENTATS ET LES FAITS DIVERS SONT ILS INSTRUMENTALISÉS À DES FINS POLITIQUES ?

juin 7, 2021

– 20 ans de manipulations et de propagande sécuritaire-

Nous vivons dans un Régime de post-vérité où le mensonge est partout. Les autorités mentent. Le gouvernement ment en permanence. La police ment. Les médias mentent. On nous agite un péril « islamogauchiste » pour mieux réprimer l’antiracisme. Certains médias ont fait croire que le mouvement des Gilets Jaunes était une offensive russe occulte. Un ministre de l’Intérieur fait croire que des manifestant.es auraient « attaqué un hôpital » lors d’une mobilisation. Tout le monde le sait : c’est faux. Pourtant, estimer que les attentats et les faits divers sont instrumentalisés à des fins politiques provoque des hurlements d’indignation depuis 24H. Dans la cacophonie de ce début de campagne à l’odeur abjecte, quelques rappels historiques de base :

➡️ Nous sommes le 19 avril 2002. Dernier week-end avant l’élection présidentielle. Les candidats n’ont plus le droit de communiquer, la campagne électorale est terminée, le scrutin va avoir lieu dans quelques heures. C’est alors que les médias vont mettre en avant de façon outrancière un triste fait divers. Paul Voise, un retraité de la région d’Orléans, a été agressé chez lui par des malfrats qui l’ont frappé, puis ont brûlé sa maison. Un acte ignoble, qui va être hyper-médiatisé. Dès le lendemain, le journal de 20 heures de TF1 montre pendant de longues minutes le visage tuméfié et les pleurs du retraité. La chaîne LCI repasse 19 fois le sujet pendant la journée. Les autres chaînes vont faire de même. La thématique de « l’insécurité », qui est l’angle du Front National, est matraquée pendant 24H. Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen est au second tour. Début d’une droitisation continue du champ politique jusqu’aujourd’hui.

➡️ 21 mars 2012, campagne présidentielle, fin de mandat de Nicolas Sarkozy. « L’insécurité » occupe désormais le cœur de tous les débats politiques. Un attentat épouvantable est commis à Toulouse par un islamiste connu pour des troubles psychiques, qui tue des militaires avant d’attaquer une école juive. Le crime ne sera jamais complètement élucidé : le tueur, Mohammed Merah, est abattu par le RAID. Dès le 23 mars, M. Squarcini, directeur des services de renseignement, explique que le terroriste « a souhaité parler avec le policier de la direction régionale du renseignement intérieur (DRRI) de Toulouse qui l’avait rencontré en novembre 2011. Il est intervenu au cours des négociations. » Il ajoute : « Merah semblait avoir un rapport de confiance avec lui. Il fait preuve d’une excellente coopération, d’éducation, et de courtoisie. » Peu après, l’ancien chef de la DST reconnaît lui aussi que le tueur « avait un correspondant au Renseignement intérieur. » Les renseignements ne rendront jamais de compte sur ce massacre. En 2012, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant finissent la campagne présidentielle sur un ton agressif, en promettant des lois ultra-sécuritaires.

➡️ Janvier 2015, attaque contre Charlie Hebdo et dans un Hypercacher à Paris. Une vague de sidération saisit le pays, qui fait corps derrière la police et communie derrière les discours sécuritaires. On apprendra bien plus tard que le terroriste Coulibaly, qui a commis le massacre antisémite, avait obtenu ses armes par un néo-nazi très connu à Lille, Claude Hermant. On apprendra aussi que Claude Hermant était un indicateur de police, proche de gendarmes et d’agents de renseignement. Pas moins de 5 services savaient qu’il vendait des armes. Lors de son procès, le néo-nazi va déclarer : « Il y avait possibilité d’arrêter ces attentats […] Les services étaient dessus. Je ne comprends pas comment ces attentats ont pu arriver. » Claude Hermant ne sera arrêté que le 20 janvier 2015, soit 11 jours après l’attentat de l’Hyper Cacher. »

➡️ Novembre 2015, de nouveaux attentats frappent Paris. Bataclan, terrasses, stade de France… Des dizaines de personnes sont assassinées. Le soir même, le gouvernement décrète l’Etat d’urgence, une première depuis la guerre d’Algérie. Le Régime démocratique est aboli de fait. Dès les jours suivants, l’Etat d’urgence est utilisé pour assigner à résidence plusieurs militants écologistes et interdire les manifestations contre la COP21. Il n’y a pas de complot : c’est entièrement assumé par le gouvernement PS. L’antiterrorisme sert, immédiatement, à réprimer les opposant.es politiques. Une insulte pour les victimes. Plusieurs proches de défunts vont dénoncer cette opération.

➡️ 2017, à quelques jours du scrutin présidentiel, lors de la dernière émission en direct avec les candidats, une attaque terroriste a lieu sur les Champs Elysées. Le direct est interrompu pour évoquer l’attentat. Le candidat du NPA, qui dénonçait les violences d’Etat, est humilié en direct. Le terrorisme est donc utilisé, en temps réel, pour faire taire les questions sur les violences policières. La droite et l’extrême droite se jettent comme des chiens affamés sur cette attaque. François Fillon : « Je considère que dans le contexte que nous vivons qu’il n’y a pas lieu de poursuivre la campagne électorale. Nous devons montrer notre solidarité avec les policiers et la population française qui est de plus en plus inquiète. Le combat contre le totalitarisme islamiste doit être la priorité absolue. Ce combat doit passer par une mobilisation mondiale, une lutte sans merci […] Ce sera ma priorité absolue ». Marine Le Pen : « les policiers attendent des moyens pour se défendre et combattre le terrorisme islamiste. Je ne veux pas que l’on dise à notre jeunesse qu’elle vivra durablement avec ce danger. Il faut s’attaquer aux racines du mal : c’est fini le laxisme et la naïveté. » Ici encore, les candidats ne se cachent même pas pour instrumentaliser le terrorisme à des fins électorales immédiates.

➡️ Mai 2019, à Lyon. Un djihadiste dépose un colis piégé deux jours avant les élections européennes. Arrêté, il dit qu’il « voulait faire monter le vote de l’extrême droite aux européennes » et que « le FN étant le seul parti capable d’emmener un jour la France en guerre, et capable de déstabiliser le pays ».

➡️ Et avant ? Il suffit de regarder de l’autre côté des Alpes, pour savoir que le terrorisme a été utilisé pendant des années en Italie pour créer un climat de tension politique et polariser la situation, pour renforcer la répression d’Etat contre la gauche. Cette période s’appelle « les années de plomb », et il est avéré que des réseaux gouvernementaux ont délibérément alimenté la spirale de la violence pour leurs propres intérêts. Il n’y a pas de complot, mais une guerre sociale et politique sur fond de climat de tensions.

➡️« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. » Guy Debord, 1988.

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