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🚓LE PATRON DE LA POLICE QUITTE NANTES SOUS LA PRESSION D’AGENTS RADICALISÉS

décembre 31, 2020

Le premier flic de la ville s’appelle Benoit Desferet. Il est « Directeur Départemental de la Sécurité Publique » en langage officiel, et il quitte Nantes. Ce patron éphémère de la police était arrivé juste après la mort par noyade de Steve, le soir de la fête de la musique, et il repart sous la pression des unités les plus dures des forces de l’ordre de Nantes. Retour sur un an et demi de gestion sécuritaire :

➡️ Viré par sa « base ». Le sort de Benoît Desferet était scellé début décembre. Sur fond de contestation de la « loi de sécurité globale », la répression est extrêmement dure : nasses, gaz systématique grenades … Dans ce contexte, trois agents sont blessés, la presse se focalise sur l’évènement. Et des manifestations sauvages de policiers armés, en voitures de fonction, éclatent pendant une semaine dans toute la ville. Le « DDSP » est viré peu après. Les factions les plus radicalisées de la police nantaise, notamment les Brigades Anti Criminalité et les Compagnies Départementales d’Intervention accusent le chef d’appliquer «des doctrines pas adaptées», de retirer « des moyens de riposte » comme « la “grenade à main de désencerclement3 remplacée par une grenade réputée moins dangereuse» et même de « retarder de plus en plus l’engagement des moyens de riposte ». « Il s’est même pas déplacé au chevet du policier » se lamente un fonctionnaire de police. « On s’est senti lâchés par la hiérarchie. On a demandé des comptes ! ». Benoît Desferet est même convoqué dans la cours de son propre commissariat par les forces de l’ordre ! L’affaire est vite pliée, les policiers obtiennent la tête du chef. C’est bien la seule entreprise dans laquelle il suffit de quelques jours de mobilisation pour virer le patron et obtenir toutes les concessions imaginables. Ailleurs, ce sont les salariés qui sont virés et réprimés lorsqu’ils se rebellent contre leur direction. En tout cas, c’est la démonstration d’une hiérarchie terrorisée par les policiers les plus violents. Ce ne sont même plus les directeurs – pourtant répressifs – nommés par le pouvoir qui font la loi dans les commissariats, mais les unités les plus dures, celles qui font le plus de dégâts dans la population.

➡️ Affaire Parapluies/homard. Septembre 2019, une grande manifestation de Gilets Jaunes est annoncée à Nantes. Une opération rocambolesque est lancée avant la manifestation. À la mi-journée, la BAC réalise une descente digne d’une intervention anti-terroriste pour arrêter un camion contenant un homard en papier mâché et interpeller 3 personnes à proximité. Trois heures auparavant, à 9h, deux autres personnes sont enlevées par 4 policiers en civil cagoulés, près de leur voiture, car elles transportaient des parapluies et de la peinture. L’affaire délirante est en fait une procédure pour « association de malfaiteurs » contre ces 5 personnes. Les personnes arrêtées passent plus de 2 jours en cellule. Une belle opération dirigée par M. Desferet. L’affaire est tellement ridicule que le directeur départemental de sécurité publique est obligé de se justifier et bafouille dans la presse que «le homard n’est évidemment pas le problème. […] Une procédure de fond, dans le cadre d’une enquête menée par la Sûreté départementale pour “association de malfaiteurs” est en cours». En attendant, un an et demi après, les deux personnes arrêtées avec des parapluies sont toujours sous contrôle judiciaire !

➡️ Accueil de Marine Le Pen. Janvier 2020, la politicienne d’extrême droite Marine Le Pen débarque à Nantes pour un énième laïus sur « l’insécurité » sur fond de campagne municipale. Elle est reçue en grande pompe au commissariat central de Nantes. Elle est accueillie à Waldeck Rousseau pour soutenir la police, guidée par le directeur départemental de la sécurité publique en personne, avec tous les membres de l’état major policier local. Une visite interdite aux journalistes.

➡️ Une « cellule ultra-gauche ». C’est l’obsession du pouvoir, créer une « menace d’ultra-gauche » pour criminaliser toute opposition sérieuse, pendant que l’extrême droite s’arme en toute impunité. Et c’est l’une des satisfactions de Benoit Desferet dans la presse : « une cellule du traitement de l’ultra-gauche a été mise en place pour répondre à la problématique éclatante à Nantes des exactions et agressions commises lors des manifestations ». Des policiers « chargés d’exploiter les vidéos pour identifier et interpeller les auteurs ». Résultat de cette obsession : des manifs interdites, des dispositifs délirants, multiplication de poursuites judiciairesEt une stratégie de la tension qui ne sert qu’à terroriser.

➡️ Déni. Lors des « rencontres de la sécurité » en octobre 2019, une exposition des forces de l’ordre, dans le centre-ville, avec des armes, pour « aller au contact de la population », Desferet se promène avec le préfet. Deux reporters de Nantes Révoltée tentent de lui remettre un tract sur les violences policières. Dédaigneux et hautain, Benoit Desferet assène comme ses chefs que les « violences policières n’existent pas », et tient une attitude de mâle dominant contre les manifestants et les jeunes de quartiers, et ajoute « il y a besoin de plus policiers contre les vrais criminels ».

Par qui sera remplacé le fonctionnaire ? Le futur Directeur de la sécurité publique vient du Pas-de-Calais. Nicolas Jolibois prendra ses fonctions à Nantes le 4 janvier prochain. Dans le Nord, il aurait été « remarqué » – selon la presse – pour sa « gestion » des Gilets Jaunes. Dans un département où la chasse aux réfugiés est particulièrement inhumaine, il y a aussi de quoi s’inquiéter pour le droit des étrangers à Nantes. C’est également lui qui a coordonné, en août dernier, un important dispositif de sécurité à Tourcoing pour le mariage de Gérald Darmanin. Bienvenue !

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