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IL Y A 100 ANS : L’ENTERREMENT DE KROPOTKINE, DERNIÈRE GRANDE MANIFESTATION ANARCHISTE EN RUSSIE

février 13, 2021

– Histoire : le 13 février 1921, le crépuscule de la Révolution –

Nous sommes en février 1921, depuis quatre années, la Russie est en Révolution. Le Régime du Tsar est tombé, la population a pris la rue, les armes, et s’est réunie en conseils. Une terrible guerre civile fait rage, les temps sont durs. Une fraction minoritaire de la Révolution russe, les Bolcheviques, ont réussi un coup de force militaire, et pris le pouvoir, en éliminant tous leurs opposants. Les partisans du Tsar évidemment, mais aussi les autres groupes révolutionnaires, puis toute personne qui conteste le nouveau pouvoir. Des militants et militantes de la première heure sont éliminés. Les anarchistes qui ont ardemment participé à la Révolution sont tués ou emprisonnés aussi durement qu’à l’époque du Tsar.

Le 8 février 1921, le grand penseur anarchiste Pierre Kropotkine meurt, à l’âge de 78 ans près de Moscou. Il aura laissé un immense héritage pour les luttes, imaginant inlassablement une société à la fois libre et égalitaire, un monde où nul ne serait esclave ou maître, débarrassée des autorités, et fondée sur l’entraide et un réseau de Communes autonomes. Un monde où l’on n’opposait pas égalité et liberté, mais où elles se compléteraient. Pour lui, « les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. »

L’enterrement de Pierre Kropotkine signe en quelque sorte le crépuscule de la plus grande des Révolution de l’époque. La famille du défunt refuse que le gouvernement Bolchévique se donne bonne conscience en organisant des funérailles officielles au penseur. Le cercueil est transféré à Moscou dans un train orné de drapeaux noirs et de banderoles avec des slogans anarchistes, comme : « Là où il y a autorité, il ne peut y avoir de liberté ». Le cercueil est exposé pendant plusieurs jours dans la Maison des syndicats, recouverte d’une banderole géante dénonçant le gouvernement bolchevique et sa répression. C’est la dernière fois que de telles critiques seront autorisées.

L’enterrement a lieu le 13 février. Il y a 100 ans jour pour jour. Le cercueil est suivi par une foule immense malgré la peur. Le cortège va s’arrêter devant la prison de Moscou, où s’entassent déjà nombre de prisonniers politiques, qui saluent Kropotkine en frappant à leurs barreaux. La militante anarchiste Emma Goldman fait un discours, ainsi que plusieurs de ses camarades. Cet enterrement, que le Régime bolchevique n’a pas osé réprimer, est donc la dernière grande manifestation libertaire en Russie. Dès le mois de mars suivant, toutes les organisations anarchistes seront interdites et leurs militants persécutés par le pouvoir Léniniste. Viendront la terreur, le totalitarisme de Staline, la déportation de masse et la famine. Le projet communiste sera détruit par ceux là même qui prétendaient l’imposer par la force. Les nouveaux maîtres seront pire que leurs prédécesseurs, et souilleront pour longtemps l’idée même de communisme et de révolution.

Il y a exactement 100 ans, cet enterrement symbolique qui est aussi le crépuscule de la Révolution russe, doit nous rappeler qu’il existe toujours des pistes inexplorées pour créer un autre monde, qu’il n’y a jamais de fatalité. Et que les idées anarchistes, réprimées par tous les tyrans et tous les États, sont toujours vivantes aujourd’hui.


Quelques citations de Kropotkine :

« Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. »

« Pour avoir eu trop confiance dans le gouvernement, les citoyens ont cessé d’avoir confiance en eux-mêmes. »

« Ne se courber devant aucune autorité, si respectée qu’elle soit ; n’accepter aucun principe, tant qu’il n’est pas établi par la raison. »

« Ce n’est pas l’amour de mon voisin — que souvent je ne connais pas du tout — qui me pousse à saisir un seau d’eau et à m’élancer vers sa demeure en flammes; c’est un sentiment bien plus large, quoique plus vague : un instinct de solidarité humaine. »

« Un drapeau n’est que du vent rendu visible. »

« La révolution sociale doit se faire par l’affranchissement des Communes. Ce sont les Communes, absolument indépendantes, affranchies de la tutelle de l’État, qui pourront seules nous donner le milieu nécessaire à la révolution et le moyen de l’accomplir. »

« Nous sommes la foule immense, nous sommes l’océan qui peut tout engloutir. Dès que nous en aurons la volonté, un moment suffira pour que justice se fasse. »

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