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DE RUGY, UN MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE RECYCLABLE

septembre 4, 2018

Dans un pays où même un présentateur télé qui vend du shampoing est choqué par le caractère incroyablement hypocrite et méprisant envers la nature du gouvernement en place, trouver un nouveau ministre de l’écologie n’était pas chose facile. Il fallait fouiller dans les tréfonds les plus sombres des carriéristes de la République. Après avoir recalé l’infect Cohn-Bendit, c’est François De Rugy qui remporte le poste.

Le noble François Goulet de Rugy est une fierté locale : c’est à Nantes qu’il s’est fait un nom, en tant que député écologiste. C’est depuis Nantes qu’il a gravit les marches du pouvoir, en faisant de ses trahisons systématiques sa marque de fabrique. Rapide portrait.

PRIVILÈGES

Il y a quelques jours encore, De Rugy expliquait qu’il n’était «candidat à rien» avant d’ajouter «je suis président de l’Assemblée nationale, depuis à peine plus d’un an, et j’entends poursuivre mon action à l’Assemblée nationale». On le comprend : le politicien avait été propulsé Président de l’Assemblée Nationale après l’élection de Macron. Numéro 4 de l’appareil d’État selon le rang protocolaire des institutions. Une récompense somptueuse qui venait couronner plusieurs années de trahisons, et un soutien dégoulinant au candidat Macron. Un poste qui s’accompagne d’avantages monarchiques : 15 000 euros d’argent de poche par mois, logement de fonction dans un château du 7eme arrondissement de Paris, l’hôtel de Lassay, et la domesticité qui va avec. Le politicien a aussi passé en note de frais une série de caprices : un vélo elliptique, des machines à raclette, et obtenu non pas un ou deux, mais bien trois chauffeurs pour le conduire où bon lui semble, payés par l’argent public. Avec des privilèges aussi énormes à ne rien faire, on se demande si De Rugy n’a pas perdu au change, en devenant simple ministre.

TRAHISON

La trahison est une tradition politique chez François de Rugy. En 2015, il publie l’ouvrage « écologie ou gauchisme, il faut choisir» – vendu à quelques dizaines d’exemplaires seulement – pour justifier l’abandon de son propre parti : Europe Écologie. Il y défend la politique du gouvernement Valls, et monte dans la foulée son micro-parti – « Ecologistes » –, qui fera flop et disparaîtra rapidement. L’objectif affiché est d’obtenir un ministère, ce qui lui sera refusé par Hollande. Lors des élections présidentielles de 2017, De Rugy tente sa chance, en se présentant à la « primaire de l’alliance populaire», sensée élire un candidat de gauche pour les élections. Il parvient à réunir difficilement 3,8% des voix. Mais il trahit immédiatement son engagement de campagne, en abandonnant le gagnant de la primaire pour soutenir Emmanuel Macron. Emmanuel Macron qu’il venait pourtant précisément d’attaquer lors des débats télévisés, en estimant qu’il « ne parle pas d’écologie » ! Le PS, pourtant expert en la matière, l’accuse alors de « parjure » et parle d’un « revirement inédit ». De Rugy est allé tellement loin dans les retournements de veste qu’il a passé plus de temps en tant que député de Loire-Atlantique, à réclamer l’expulsion de la ZAD que l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En quelques années, l’élu sera passé du vert pale au rose périmé jusqu’au Macronisme après avoir flirté avec Bayrou. Joli parcours.

SOUTIEN A LA POLICE

Localement, l’élu a passé les dix dernières années à attaquer et calomnier le mouvement anti-aéroport et les mouvements sociaux. Le comble pour un élu écologiste. Sur Twitter, celui qui était alors encore député passait son temps à réclamer plus de répression contre les manifs, ou à s’en prendre aux « anars ». En 2015, il soutenait la « Loi de Renseignement » du gouvernement Valls, pourtant critiquée au sein même du PS tant elle était à droite et liberticide. En 2014, déjà, après la mort de Rémi Fraisse et les manifestations qui avaient suivi, De Rugy déclarait : «EELV n’a rien à voir avec les encagoulés et autres groupuscules extrémistes et violents. Stop aux amalgames diffamatoires !», et se vantait d’avoir «dénoncé par avance celles et ceux qui voulaient faire cette manifestation». Évidemment, pas un mot de soutien, pas même une allusion, pour le jeune homme tué en luttant pour l’écologie. La vraie.

CARRIÉRISME

L’écologiste centriste Pascal Canfin donnait une interview il y a quelques jours à propos du probable futur ministre de l’écologie. Citant notamment Ségolène Royal, Chantal Jouanno ou De Rugy, il expliquait : «je les ai eus au téléphone. Aucun d’entre-eux, c’est ma conviction absolue, n’ira dans ce gouvernement, s’il n’y a pas ce big bang politique ». « Personne ne fera l’arbre qui cache la forêt. Nous sommes absolument convaincus que la leçon à tirer du départ de Nicolas Hulot est que ça ne peut pas continuer comme avant, sinon c’est la chronique d’un échec annoncé, ça n’a aucun intérêt. » Aujourd’hui, De Rugy prend le poste. Le nouveau ministre de l’écologie n’a donc, selon son propre camp, aucun intérêt.

Enfin, De Rugy est si populaire à Nantes que son local a été repeint, brisé ou décoré un nombre incalculable de fois ces dernières années. Une situation difficile pour celui qui espère gagner la mairie de Nantes en 2020. Chaque manifestation qui passe à proximité du bureau provoque une explosion créative sur les vitrine de l’élu. Depuis l’élection de Macron, la police maintient prudemment toute intrusion manifestante à grande distance du local.

Quel sera le rôle du nouveau ministre ? Accompagner le désastre écologique. Par exemple, le gouvernement prévoit déjà d’amputer le budget prévu pour l’écologie de 200 millions d’euros pour le reverser directement à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France, qui gère notamment le projet pharaonique et destructeur de ligne Lyon Turin. Tout un symbole.

Bref, avec De Rugy, Macron invente le ministre à la fois biodégradable et recyclable.

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