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CAGNOTTE POUR SOUTENIR LES PROCHES DE MOHAMED, MORT LORS DE SON INTERPELLATION MERCREDI

avril 10, 2020

Mercredi 8 avril au soir dans la ville de Béziers, Mohamed est décédé lors de son interpellation pour « non respect du confinement ». L’un des policiers qui l’a arrêté a avoué s’être « assis » sur le jeune homme alors qu’il était emmené au commissariat. Il est mort peu après.

Ses proches ont créé une cagnotte : https://www.leetchi.com/fr/c/lQNMRWkw

Voici leur texte diffusé par la page HKM pour lui rendre hommage :


Je m’appelle Mohamed Helmi Gabsi.
J’ai 34 ans à peine, je suis père de trois enfants.
Hier soir, j’ai rencontré la police municipale de Béziers…
Le couvre-feu avait déjà sonné…
J’en suis mort.
Comme à leur habitude, les policiers n’y sont pas allés de main tendre…
J’ai été violenté par plusieurs hommes, bien trop nombreux, puis porté comme un objet dans la voiture… Des vidéos insoutenables montrent mes derniers instants…
Une violence inouïe, j’appelais au secours, mais… J’étais seul.
Le policier municipal l’avouera plus tard : ils m’ont mis sur le ventre dans la voiture, et il s’est assis sur moi tout le long du trajet… Il dira tout simplement qu’il croyait “que je dormais”.
Arrivé au commissariat, la police nationale m’a récupéré inconscient de leurs mains, eux et les pompiers ont essayé de me prodiguer les premiers soins pour sauver ce qu’il restait de ma vie…
Trop tard.
Ces mêmes policiers savent que la municipale est violente, qu’elle ne sait pas gérer les situations, qu’elle excite et provoque au lieu de calmer, qu’elle n’est pas formée pour maîtriser les dangers… Je le savais déjà mais aujourd’hui : j’en suis mort.
J’ai fait des erreurs dans ma vie, car elle n’était pas aussi simple que la vôtre… Mais malgré ça : j’étais très aimé dans ma ville.
J’ai perdu ma mère jeune, j’ai perdu un frère, j’ai vécu des choses atroces que vous ne pouvez pas connaître, loin de mon environnement et pourtant si proches. J’ai vécu des choses qui vous auraient fait sombrer dans la folie… Mais les médias ne vous le diront pas.
Pour justifier l’horreur, pour minimiser l’injustifiable :
ils feront tout pour me salir…
Ils feront tout pour noircir ma vie plus qu’elle ne l’était déjà…
Et comme d’habitude : vous les croirez…
Mais aucun de vous n’a porté mes chaussures, aucun de vous n’a vécu ce que j’ai vécu et ça… Ils ne vous le diront pas.
Il est peut-être normal pour eux qu’un homme soit mort dans les mains de la police municipale, sans avocat ni jugement, sans foi ni loi, condamné à une violence mortelle…
Juste parce qu’il était dehors…
Plus jeune, je jouais tout le temps au foot avec tout le monde, j’étais heureux, plein d’ambition, toujours souriant…
C’est comme ça que je me suis fait connaître des plus jeunes et des moins jeunes.
C’est comme ça qu’on m’a aimé.
Puis la noirceur de la vie a eu raison de moi, les malheurs, la difficulté, des épreuves insurmontables, même pour vous…
Les policiers municipaux n’ont jamais été tendres avec moi…
Lors de leur dernière interpellation violente envers moi il y a quelques jours, je l’annonçais déjà comme une prémonition : “aidez-moi, ils vont me tuer”…
Quelques jours plus tard… Hier soir… C’était chose faite.
S’en souviendront-ils ? Penseront-ils à ma famille ? S’occuperont-ils de ceux que j’aime ? De mes enfants ?
Je ne les verrai pas grandir…
Je le répète, ils font tout pour me salir, se protègent les uns les autres…
Ils iront jusqu’à mentir et utiliser les termes les plus déshumanisants contre moi, pour vous faire oublier que moi aussi… J’avais une âme.
Moi aussi, j’avais un cœur…
Moi aussi, j’avais le droit de vivre…
Oui… Ils font tout pour me salir, comme pour faire oublier l’horreur de leurs propres actes, comme pour détourner l’attention de ce qu’ils m’ont fait… Ils font tout pour me salir…
Mais ils ne connaissent rien de ma vie, ils ne savent rien des mes épreuves rencontrées et endurées, ils ne savent rien de l’amour que j’ai reçu et que j’ai donné…
S’ils sont toujours heureux au même âge que moi : c’est juste que leur vie a été beaucoup plus rose que la mienne. Pensez-vous réellement que je l’ai choisi ?
Qu’est ce qui méritait que je sois mort à même la rue, sans aucun jugement, sans la moindre loi ?
Qu’est ce qui méritait que je sois traité bien pire que la manière dont ils traitent les meurtriers et les pires criminels ?
Je n’ai jamais enlevé la vie, et mes amis vous le diront:
j’étais un homme bon, j’avais du cœur, et j’aimais aussi.
Mes enfants seront sans père… Car hier… J’ai rencontré la police municipale.

Cas de force majeur rappelle l’interpellation de Mohamed en Bande Dessinée :

la vidéo de l’interpellation :

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