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30 OCTOBRE : NANTES CONTRE ZEMMOUR ET SON MONDE

octobre 31, 2021

Un propagandiste pétainiste barricadé derrière un énorme dispositif de répression fourni par l’Etat –

Il est 15H, au milieu du plus grand centre commercial de l’agglomération nantaise. Le ciel, menaçant, est percé d’éclaircies. La zone est cernée de forces de l’ordre. Et peu à peu, au gré des va-et-vient de véhicules, une foule s’agrège au milieu de ce non-lieu. Près d’une enseigne MacDonalds, la passerelle qui enjambe la 4 voies pour mener au Zénith est barricadée par la préfecture, et surveillée par la police.

Malgré l’endroit inhospitalier, et après plusieurs jours de campagne médiatique intensive contre la mobilisation prévue à Nantes, il y a plus de 700 personnes. Plusieurs jolies banderoles sont sorties, ainsi que des drapeaux et des pancartes créatives. Il y a des Gilets Jaunes, des autonomes, des étudiants et étudiantes, quelques syndicalistes venus malgré l’absence d’appel de leurs directions … Et beaucoup de journalistes.

Au coup de départ de la manifestation, tout va très vite : plutôt que de déambuler sur la zone, le cortège bifurque et traverse la 4 voies, paralysant la circulation en quelques secondes. Puis un fumigène crépite, et ce sont les grilles qui servent d’enceinte au Zénith de Nantes qui tombent ! En quelques minutes, des centaines de personnes sont déjà entrées dans la zone interdite. Les forces de l’ordre, prises de court, tirent illico des grenades lacrymogènes sur la route et dans le parc qui entoure la salle de spectacle.

Le cortège avance à pas déterminés. Au loin, un commando néo-nazi, casqué, armé de ceinturons et de gants coqués, se tient devant le Zénith. Les nervis semblent effrayés par l’incursion inattendue du cortège. Une ligne de gendarmes s’interpose en tirant de très nombreuses munitions sur les antifascistes. Les néo-nazis resteront derrière les forces de l’ordre.

Les tensions vont durer plusieurs heures. Le stock de lacrymogènes semble illimité, le gaz inonde la zone commerciale, y compris les véhicules, touchant des familles venues faire leurs courses. Des munitions policières frappent les carrosseries, tombent dans les magasins, manquent d’allumer des voitures garées. La police qui gardait la fameuse passerelle interdite doit refluer face à une ligne de parapluies et de caddies. La passerelle est reprise, avant que les gendarmes ne chargent sur ce passage étroit au dessus de la route, en tirant du gaz. Des barricades apparaissent sur l’asphalte. Des tags fleurissent au milieu d’enseignes de fast food et de magasins.

Entre-temps, un embouteillage monstre s’est créé autour de Nantes. Le meeting ne commencera pas à temps. À l’heure prévue pour le début du discours, la confrontation dure toujours à l’extérieur. Le candidat pétainiste arrivera avec 30 minutes de retard, et crachera ses habituelles obsessions dans une salle remplie de jeunes identitaires, de royalistes et de retraités d’extrême droite. Pour la première fois, Eric Zemmour n’est pas en terrain conquis, il n’aura pas la tribune habituelle : il n’est pas le bienvenu. Plusieurs manifestants sont blessés par des tirs de grenades et de balles en caoutchouc. Il n’y aura pas d’arrestation.

Au moment de se disperser, une militante de la CGT nous confie, amère : «merci d’être là. Je ne comprends pas pourquoi mon syndicat n’a pas appelé à se mobiliser ». En effet, l’antifascisme fait partie de l’ADN du syndicalisme depuis quasiment 100 ans. Dans les années 1930, c’est contre le fascisme que le Front Populaire s’était constitué. Il y a 20 ans encore, des millions de personnes manifestaient contre Jean-Marie Le Pen, et ses meetings étaient régulièrement attaqués avec une grande offensivité. La lutte contre l’extrême droite était jusque récemment le plus petit dénominateur commun à gauche. Que s’est-il passé pour qu’une telle désertion ait eu lieu si vite, alors que la situation s’est considérablement aggravée ?

Ce samedi 30 octobre, un front uni contre l’extrême droite aurait permis d’empêcher le meeting pétainiste à Nantes. Il aura été tout de même été fortement perturbé, détruisant l’image d’invincibilité du candidat des milliardaires. Zemmour a été montré tel qu’il est : un pathétique propagandiste néo-fasciste, protégé par un énorme dispositif répressif fourni par l’Etat. Ces nostalgiques de Vichy ne sont forts que de nos faiblesses. Renvoyons les aux poubelles de l’histoire.


📷 : James C., Oli Mouazan, Estelle Ruiz, Yves Monteil

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