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🔮NANTES : DES COLLEUSES VIOLENTÉES PAR LA POLICE ET POURSUIVIES PAR LA JUSTICE !

juillet 24, 2020

Le 14 juillet, une Ă©quipe de colleuses fĂ©ministes a subi une rĂ©pression hallucinante de la part de policiers nantais : arrestations arbitraires, menaces, injures, strangulations, gardes Ă  vue et pour finir, poursuites judiciaires ! L’une d’elle risque jusqu’Ă  5 ans d’emprisonnement. C’est la premiĂšre fois qu’une Ă©quipe de colleuses va devoir subir un procĂšs pour avoir placardĂ© des affiches Et c’est Ă  Nantes. L’audience aura lieu en avril prochain.

Voici le récit complet des femmes agressées. A faire circuler.

« LA VIOLENCE POLICIÈRE NE NOUS FERA PAS TAIRE

Dans la soirĂ©e du 14 juillet 2020, journĂ©e de cĂ©lĂ©bration de la RĂ©publique, notre groupe de six colleur·se·s a Ă©tĂ© violemment interpellĂ© par la police Ă  Nantes. Nous nous trouvions prĂšs d’un collage “LibertĂ©, Ă©galitĂ©, impunitĂ©â€ lorsque deux agents nous ont interpellé·e·s.

L’interpellation, rĂ©alisĂ©e par deux agents de la Brigade canine (tous deux portaient un Ă©cusson de cette brigade sur leur uniforme), a Ă©tĂ© filmĂ©e par nos soins. DĂšs leur arrivĂ©e face Ă  nous, les deux agents qui ont procĂ©dĂ© Ă  notre interpellation ne nous ont pas semblĂ© ĂȘtre dans leur Ă©tat normal et nous Ă©mettons des doutes sĂ©rieux concernant leur capacitĂ©s de discernement. Nous nous questionnons Ă©galement sur leur attitude et sur la violence dont ils ont fait preuve dĂšs le dĂ©but de l’interpellation, l’un d’entre eux ayant arrachĂ© le portable des mains de l’une d’entre nous avant de s’en prendre Ă  elle physiquement. L’agression physique vĂ©cue par deux d’entre nous a durĂ© prĂšs de quinze minutes avant que d’autres agents, appelĂ©s en renfort, arrivent sur les lieux et nous embarquent tou·te·s au commissariat de Waldeck-Rousseau, au motif de “Violences en rĂ©union sur personne dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique”.

Sur les six interpellé·e·s, deux ont Ă©tĂ© victimes d’agressions physiques : la personne qui s’est fait arracher son tĂ©lĂ©phone des mains, sans raison, a subi plusieurs Ă©tranglements, des clĂ©s de bras et de poignets de la part d’un des deux agents. Une fois les renforts sur place, elle a aussi subi un menottage trĂšs serrĂ© malgrĂ© ses nombreuses demandes de desserrement, ce qui a provoquĂ© des blessures aux poignets. AprĂšs l’interpellation, elle a Ă©tĂ© Ă©galement menacĂ©e directement au sein du commissariat, par un agent de la BAC qui a tenu les propos suivants: “Y’a pas intĂ©rĂȘt Ă  ce que ma tĂȘte se retrouve sur internet demain”. La seconde personne violentĂ©e a subi une clĂ© d’Ă©tranglement, elle a Ă©tĂ© violemment projetĂ©e Ă  terre et porte encore aujourd’hui les marques d’un menottage trop serrĂ©, ainsi qu’une dizaine de bleus dĂ»ment constatĂ©s par deux mĂ©decins, dont un lĂ©giste. Nous avons tou·te·s Ă©tĂ© victimes d’agressions et de violences verbales tout au long de l’interpellation et pendant la garde Ă  vue : des propos sexistes, misogynes (nous avons notamment Ă©tĂ© qualifié·e·s d’hystĂ©riques par plusieurs agents), dĂ©gradants ainsi que des humiliations diverses et des insultes. Notre garde Ă  vue a durĂ© 21 heures pour cinq d’entre nous et 22 heures pour l’une des deux victimes de violence. Durant cette garde Ă  vue, nous avons subi des privations de nos droits les plus Ă©lĂ©mentaires, notamment le refus de nous fournir nos traitements quotidiens pourtant dĂ»ment signalĂ©s aux mĂ©decins en dĂ©but de garde Ă  vue, ce qui a provoquĂ© des effets graves : crises d’angoisse, effets secondaires d’un sevrage imposĂ© et dangereux pour notre santĂ©.

A cela s’ajoutent de graves manquements quant aux respects de certaines rĂšgles d’hygiĂšne en temps d’Ă©pidĂ©mie de Covid-19 de la part d’un service public : pas de masques mis Ă  disposition, de nombreux policiers sans masque, des cellules avec des crachats sur la porte et les murs mais aussi des traces de sang sur les murs et la banquette, ainsi que des toilettes pleines de dĂ©jections.
Nos affaires personnelles ont Ă©tĂ© fouillĂ©es et lors de leur restitution Ă  la fin de la garde Ă  vue, un des tĂ©lĂ©phones n’Ă©tait plus en Ă©tat de fonctionnement et des lunettes de vue avaient Ă©tĂ© cassĂ©es.

Nous, fĂ©ministes, nous inquiĂ©tons face Ă  la brutalitĂ© grandissante de l’institution policiĂšre Ă  notre encontre. Nous avons tou.te.s subi dans notre vie des violences et/ou des viols, auxquels s’ajoutent dĂ©sormais des violences venant des reprĂ©sentants de l’institution censĂ©e nous protĂ©ger. Les forces de l’ordre sont notre premier interlocuteur dans un parcours judiciaire, lorsque nous dĂ©nonçons les violences dont nous sommes victimes. Dans ces conditions, comment pouvons-nous sereinement nous adresser Ă  une institution si intrinsĂšquement et notoirement misogyne et raciste ? Cette affaire est rĂ©vĂ©latrice d’une Ă©norme intensification de la rĂ©pression policiĂšre depuis un mois, rapportĂ©e par de nombreux collectifs fĂ©ministes partout en France : contrĂŽles houleux, gardes Ă  vues illĂ©gales (car le collage est contraventionnel et non dĂ©lictuel), amendes, sont devenu·e·s la norme. Elle est le symptĂŽme de l’impunitĂ© d’un systĂšme policier tout puissant, qui n’hĂ©site pas Ă  user de la violence pour tenter de faire taire celleux qui luttent pour une sociĂ©tĂ© plus juste et pour la fin des violences envers les populations discriminĂ©es.

NOUS TIRONS LA SONNETTE D’ALARME :

Nous appelons Ă  une condamnation systĂ©matique, par le gouvernement et ses reprĂ©sentants, de toutes les violences verbales et physiques commises par les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions. Leur mission de protection et leur devoir d’exemplaritĂ© sont des impondĂ©rables, qu’il est indispensable de garantir, et celleux qui y dĂ©rogent doivent ĂȘtre sanctionné·e·s systĂ©matiquement. Nous avons Ă©prouvĂ© dans notre chair lors de cette interpellation et de cette garde Ă  vue ce que subissent quotidiennement et depuis des dĂ©cennies, dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale, toutes les populations discriminĂ©es de par leur appartenance rĂ©elle ou supposĂ©e Ă  une classe sociale, Ă  un groupe ethnique ou Ă  une catĂ©gorie de genre : les personnes racisĂ©es et/ou Ă©trangĂšres, les personnes sans-abri, les personnes issues de quartiers dits « prioritaires », les travailleur·euses du sexe ainsi que les personnes LGBTQIA+. Nous sommes solidaires de toutes leurs luttes.

NOS REVENDICATIONS :

Nous exigeons que les deux policiers responsables des violences physiques sur deux d’entre nous soient dĂ©mis de leurs fonctions.
Nous exigeons que la formation des forces de l’ordre sur les violences faites aux femmes et aux personnes LGBTQIA+ devienne obligatoire et non plus sur la base du volontariat.

NOUS NE NOUS LAISSERONS PAS FAIRE :

Le procÚs est fixé au 19 avril 2021 à Nantes. Sur les six personnes interpellées, nous sommes quatre convoquées au Tribunal avec les chefs de prévention suivants:
-L’un·e d’entre nous risque la prison ferme pour le motif suivant : “violences sur personnes dĂ©positaires de l’autoritĂ© publique sans ITT”, avec une peine encourue pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
-Les quatre personnes incriminĂ©es pour “avoir, sans arme et en rĂ©union, opposĂ© une rĂ©sistance violente” sont passibles de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, y compris si l’action de la police Ă©tait illĂ©gitime (article 433-6 du Code PĂ©nal); ce qui est le cas puisqu’il n’y a pas eu de flagrant dĂ©lit constatĂ© et que le collage est contraventionnel et non pas dĂ©lictuel.

Nous avons dĂ©marrĂ© notre riposte judiciaire : nous avons d’ores et dĂ©jĂ  contactĂ© deux avocat·e·s, nous avons aussi fait constater par des mĂ©decins les traces physiques suite aux coups qui nous ont Ă©tĂ© portĂ©s et ferons Ă©galement constater les sĂ©quelles psychologiques des diffĂ©rentes formes de violences dont nous sommes victimes. Le dĂ©pĂŽt des plaintes auprĂšs du Procureur de la RĂ©publique de Nantes et les signalements auprĂšs de l’IGPN sont Ă©galement en cours. Nous comptons enfin alerter diffĂ©rentes instances de dĂ©fense des droits et les informer de nos conditions indignes de garde Ă  vue. La criminalisation des militant·e·s doit cesser !

ILS NE NOUS FERONT PAS TAIRE !

Les interpellé·e·s du 14 juillet »

Voici la cagnotte pour les soutenir : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/hihuxt51