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UN AUTRE 11 SEPTEMBRE : LE COUP D’ÉTAT AU CHILI

septembre 11, 2019
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Dictature sanglante et capitalisme sauvage

Santiago, 11 septembre 1973. Des milliers d’opposants de gauche, étudiants, syndicalistes, journalistes, ouvriers, sont enfermés dans un grand stade de la capitale du Chili. D’autres ont été abattus sommairement, dans la rue. La terreur s’installe dans le pays. Un général d’extrême droite, Augusto Pinochet, vient de faire un coup d’État. L’armée a renversé le gouvernement de Salvador Allende, et fait bombarder le palais présidentiel.

Dans un contexte de guerre froide, ce coup d’État est soutenu par les États-Unis, qui veulent faire tomber un gouvernement qui propose un programme socialiste, notamment en reprenant les richesses minières alors aux mains de multinationales privées, ou en supprimant les grands domaines fonciers qui affamaient les paysans. Les USA vont faire du Chili un exemple pour toute l’Amérique Latine.

L’ancien président s’est suicidé. Le pouvoir est désormais aux mains des militaires. Leur priorité est d’éliminer au plus vite les militants de gauche et de liquider toute contestation.

Un chanteur très connu, adoré par les chiliens, Victor Jara, est enlevé dans la rue alors qu’il se rend à l’université où il donne des cours. Il est emmené jusqu’au Stade National de Santiago du Chili, avec les autres prisonniers. Il est guitariste. Un militaire lui ordonne de poser ses mains sur une table. D’un coup de hache, il coupe tous les doigts de l’artiste, devant les milliers de prisonniers qui hurlent d’épouvante. Le chanteur tordu de douleur se vide de son sang. « Chante maintenant, tu es moins fier » lui lance le tortionnaire. Victor Jara se relève, lève la main mutilée avec laquelle il jouait de la musique, et entonne l’hymne de « l’unité populaire ». L’hymne de la gauche chilienne. Le chant est repris par les milliers de prisonniers, comme un défi face aux militaires qui les tiennent en joue. Victor Jara n’a pas le temps de finir. Une rafale de mitraillette le crible de balles. Il sera enterré secrètement le 18 septembre.

Le régime de Pinochet va torturer, tuer et faire disparaître des milliers d’opposants, et ira jusqu’à jeter certains prisonniers depuis des hélicoptères au dessus de l’océan. Beaucoup sont encore portés disparus. Pendant près de 20 ans, le Chili subira la dictature des militaires.
Alors que le gouvernement déchu voulait partager les richesses et collectiviser les entreprises, le Général Pinochet va profiter du choc politique pour mener une politique ultra-libérale. Appuyé par des économistes formés aux États-Unis, les Chicago Boys, il applique un capitalisme débridé : privatisations, dérégulation, baisse des salaires.

Le libéralisme économique n’est pas le synonyme de liberté : il a besoin d’un État autoritaire pour imposer les reculs sociaux. Les inégalités sociales, le pillage des richesses par une minorité ne sont possibles que par la répression et une intense propagande. Dans le sillage de Pinochet, de nombreux autres dirigeants vont appliquer les recettes néo-libérales. Le degré de violence utilisé par les régimes dits démocratique sera bien moindre qu’au Chili, mais restera brutal. Parmi eux, le président américain Reagan qui mettra un terme à des années d’agitations sociales aux USA, l’amie de Pinochet Margaret Thatcher, qui va faire preuve d’une dureté inouïe en Angleterre pour casser les droits sociaux.

Emmanuel Macron n’est pas l’homme de la nouveauté. Il applique à la lettre les mêmes vieilles recettes impopulaires. État policier d’un côté, capitalisme sauvage de l’autre.

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